Faux-bourdons : à quel âge sont-ils réellement fertiles ?

Faux-bourdons : à quel âge sont-ils réellement fertiles ? Les Ruchers de Potter

Vous installez vos colonies à mâles, vous comptez les faux-bourdons qui tournent au-dessus de la station, vous lancez vos ruchettes de fécondation. Tout semble en place.

Sauf qu'une partie de ces mâles est incapable de féconder quoi que ce soit. Non pas parce qu'ils sont mal nourris ou mal portants, mais simplement parce qu'ils sont trop jeunes, ou trop vieux. Et cette fenêtre, personne ne la calcule vraiment.

Un mâle naît stérile

C'est le point de départ, et il surprend souvent : le nombre de spermatozoïdes viables dans les vésicules séminales est nul à l'émergence.

Les spermatozoïdes sont produits dans les testicules pendant les stades larvaire et nymphal. Mais ils n'y restent pas : entre le 3e et le 8e jour après l'émergence, ils migrent des testicules vers les vésicules séminales, où ils seront stockés jusqu'à l'éjaculation. En parallèle se développe une paire de glandes muqueuses qui les protégera et les nourrira.

Un faux-bourdon fraîchement éclos qui se promène sur un cadre est donc, sur le plan reproductif, un individu vide.

Le calendrier de la maturité

Une étude de Metz et Tarpy a disséqué vingt mâles par jour tout au long de leur vie. Le résultat dessine une courbe nette :

  • À l'émergence, zéro spermatozoïde viable
  • Vers 20 jours, maximum atteint, en moyenne 7,39 millions de spermatozoïdes viables
  • Après 30 jours, le nombre décline

Un point mérite d'être souligné : la viabilité reste constante toute la vie, une fois le nombre pris en compte. Ce n'est donc pas la qualité des spermatozoïdes qui se dégrade avec l'âge, c'est leur quantité. Un vieux mâle n'apporte pas du mauvais sperme : il en apporte moins.

Quant à la capacité à s'accoupler, la littérature situe l'incapacité initiale autour de 9 à 12 jours après l'émergence.

Une variabilité qu'il faut prendre au sérieux

Les estimations de l'âge de maturité divergent fortement selon les équipes : de 6 à 8 jours pour les plus basses, à deux semaines ou davantage pour les plus hautes.

Une équipe rapporte même un échec instructif : elle n'a pu obtenir de semence par éversion forcée qu'à partir de 18 jours après l'émergence, et a perdu des dizaines d'échantillons prélevés trop tôt, entre 10 et 14 jours, pourtant dans la fourchette habituellement citée.

Cette dispersion n'est pas du bruit expérimental. Elle reflète une vraie variabilité, qui dépend de la génétique et de la qualité de la colonie d'élevage. Les auteurs de l'étude sur la sénescence concluent d'ailleurs que les mâles sont bien plus variables entre eux qu'on ne le supposait.

Pour un éleveur, la conséquence est prudentielle : viser large. Compter sur des mâles de 10 jours parce que la moyenne le permet, c'est accepter qu'une partie d'entre eux ne soit pas prête.

Tous les mâles ne se valent pas

L'âge n'est pas le seul facteur. La taille à l'émergence prédit la fécondité : les mâles les plus lourds à la naissance se révèlent plus grands et plus féconds à la capture, sans compromis entre taille et fertilité.

Et l'origine de la cellule compte énormément. Les mâles issus de cellules d'ouvrières ont des ailes environ 13 % plus courtes que ceux issus de cellules de mâles, et il existe une corrélation positive significative entre la taille du corps et le nombre de spermatozoïdes.

Autrement dit : les mâles qu'une colonie bourdonneuse ou mal conduite élève dans des cellules d'ouvrières sont des mâles de second rang. Si vous saturez une zone avec eux, vous saturez avec du bas de gamme.

La nutrition joue aussi, mais moins qu'on ne l'imagine : une supplémentation en pollen avance la maturité sexuelle de deux jours, 10 jours au lieu de 12, sans modifier ni le volume de semence ni le nombre de spermatozoïdes.

Le coût caché du transfert

Un détail que peu d'éleveurs connaissent : lors du passage des vésicules séminales du mâle aux oviductes latéraux de la reine, la viabilité chute d'environ 10 %, de 98,1 % à 88,7 % dans une étude détaillée.

Cette perte est attribuée à la pression subie pendant l'éversion de l'endophallus et l'injection. Elle est naturelle et inévitable, mais elle rappelle qu'entre ce que contient un mâle et ce qui arrive dans la spermathèque, il y a de la déperdition.

Le rétroplanning qui en découle

Un mâle met 24 jours de l'œuf à l'émergence. Il lui faut ensuite deux à trois semaines pour être pleinement fertile.

Soit, en partant d'une ponte de mâles : six semaines environ avant d'avoir des faux-bourdons à leur optimum. Et une fenêtre utile qui se referme vers le trentième jour de leur vie adulte.

C'est cette arithmétique qui commande le calendrier d'une station de fécondation. Installer les colonies à mâles en même temps que les ruchettes, c'est arriver trop tard d'un mois et demi.

Ce que nous en faisons

Nos colonies à mâles sont renouvelées chaque saison, parfois deux fois dans la même saison. J'expliquais dans l'article sur la consanguinité que cette rotation vise à préserver la diversité des allèles sexuels. Elle a une seconde justification, purement physiologique.

Une campagne de fécondation s'étale sur plusieurs mois. Sans renouvellement, les mâles installés au printemps auraient dépassé leur pic quand arrivent les dernières reines à féconder. Renouveler en cours de campagne, c'est offrir à chaque vague de reines des mâles dans leur fenêtre optimale, pas seulement une génétique différente, mais des mâles au maximum de leur capacité.

Et cela vaut aussi pour l'insémination, où le choix de l'âge des donneurs est direct et maîtrisé.

À retenir

  • Un faux-bourdon est stérile à l'émergence : zéro spermatozoïde viable.
  • Le maximum, 7,39 millions en moyenne, est atteint vers 20 jours, et décline après 30.
  • La viabilité ne se dégrade pas avec l'âge, seul le nombre baisse.
  • La variabilité entre individus est forte : mieux vaut viser large que compter sur la moyenne.
  • Les mâles issus de cellules d'ouvrières sont plus petits et moins féconds.
  • De la ponte au mâle à son optimum : environ six semaines. À anticiper dans tout calendrier de station.

Sources

Metz B. N., Tarpy D. R. (2019). Reproductive Senescence in Drones of the Honey Bee (Apis mellifera). Insects, 10(1), 11.

Sperm Quality Assessment in Honey Bee Drones, revue sur la migration des spermatozoïdes, la maturité sexuelle et les pertes de viabilité au transfert.

Factors affecting the reproductive health of honey bee (Apis mellifera) drones, a review. Apidologie (2019), effet de la supplémentation en pollen.

Schlüns H. et coll. (2003), taille corporelle, origine de la cellule et nombre de spermatozoïdes.

Variation in the reproductive quality of honey bee males affects their age of flight attempt, masse à l'émergence et fécondité.

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