4,7 g de sucre pour 1 g de cire : le bilan énergétique des productions de la ruche

Une colonie ne consomme pas au hasard. Chaque activité — voler, sécréter de la cire, élever une larve, stocker du sirop — a un coût métabolique mesurable, exprimé en milligrammes de sucres ou de pollen. Connaitre ces ordres de grandeur change la façon de conduire un rucher : on comprend pourquoi une colonie bâtisseuse épuise ses réserves, ou pourquoi un nourrissement tardif rapporte moins qu'il n'y paraît.

Le coût de l'entretien

Même au repos, l'abeille dépense de l'énergie : renouvellement cellulaire, sécrétions, digestion. Arnold (1979) a évalué cette dépense de maintenance.

  • Une jeune abeille consomme 12 à 15 mg de candi par jour.
  • Une abeille âgée monte à 20-32 mg par jour.
  • La consommation de pollen d'entretien s'établit autour de 6,7 mg par jour.

Le vol, poste de dépense principal

Le vol sollicite la masse musculaire plus que toute autre activité. Une butineuse parcourt en moyenne 21,5 km par jour, ce qui exige un apport minimal de 6 mg de sucres (Crailsheim, 1990).

Le débit horaire fait l'objet d'estimations divergentes : Chauvin (1968) retient 6,7 à 7,2 mg par heure de vol, là où Dietz (1975) l'évalue à 10 mg. L'énergie ne suffit pas : le travail métabolique réclame aussi des acides aminés, en particulier de la leucine (Crailsheim, 1990).

La cire : 4,7 g de sucre pour 1 g produit

La cire appartient aux lipides, mais elle est synthétisée par les glandes cirières à partir des sucres du miel, après dégradation en Acetyl-CoA. La conversion est coûteuse.

Les mesures s'échelonnent de 2,8 à 8 g de sucres pour 1 g de cire. La valeur la plus vraisemblable reste 4,7 g de sucre pour 1 g de cire (Dietz, 1975). Cette dispersion n'est pas une faiblesse des protocoles : de Huber (1814) à Hepburn et al. (1984), les taux varient réellement selon la taille de la colonie et les conditions de bâtisse.

Concrètement, faire bâtir une hausse entière de cire gauffée mobilise plusieurs centaines de grammes de sucres, prélevés sur la récolte ou sur le nourrissement.

Élever une larve

Le développement de la colonie repose sur le pollen ingéré par les nourrices. Dans les quatre jours qui suivent sa naissance, l'abeille multiplie par vingt sa production de protéines, pour atteindre son maximum au stade nourrice, entre le 8e et le 16e jour. Passé vingt jours, cette synthèse s'effondre de 90 % chez les butineuses.

Une larve consomme environ 50 mg de gelée pour atteindre un poids de 35 mg (Crailsheim, 1990). Loper et Berdel (1980 b) chiffrent à 3,2 mg d'azote la quantité nécessaire à l'élevage d'une seule abeille.

La taxe cachée du nourrissement

Stocker du sirop n'est pas une réception passive. La colonie doit le prélever, l'invertir, l'évaporer, le déposer en cellule, puis l'operculer. Melnitchouc (1967) évalue à 24,5 % la part de la quantité fournie que la colonie dépense pour assurer ce stockage.

Autrement dit, un quart du sirop distribué ne se retrouvera jamais dans les cadres. Un nourrissement tardif, engagé par temps froid, voit ce rendement se dégrader encore.

Récapitulatif

Activité ou production Coût énergétique Source
Vol (21,5 km/jour) 6 mg de sucres minimum Crailsheim, 1990
Production de cire 4,7 g de sucre pour 1 g Dietz, 1975
Entretien au repos 20 à 32 mg/jour (abeille âgée) Arnold, 1979
Élevage larvaire 50 mg de gelée par larve Crailsheim, 1990
Stockage du sirop 24,5 % de l'énergie fournie Melnitchouc, 1967

Ce que ces chiffres impliquent au rucher

L'abeille puise dans son alimentation les glucides qui fournissent l'énergie, les protides qui bâtissent ses tissus, les lipides qu'elle sait le plus souvent synthétiser, ainsi que des minéraux et des vitamines en quantités infimes mais indispensables au couvain.

En dégradant ces nutriments, l'organisme produit de l'énergie sous forme chimique (synthèses), mécanique (travail musculaire), électrique (influx nerveux) et calorifique (chaleur de la grappe). Une colonie dont la génétique favorise une consommation maîtrisée traverse l'hiver avec moins de réserves et redémarre plus tôt — c'est l'un des critères que nous suivons dans notre sélection.

Suite de la série

Ces valeurs décrivent la dépense. Reste à comprendre le trajet des aliments à travers l'organisme : Du jabot au corps gras : les onze étapes de la digestion chez l'abeille.

Article précédent : Les besoins nutritifs de l'abeille : de l'eau métabolique aux oligo-éléments.

Cette série résume le premier chapitre de Le nourrissement, de M. Bocquet.

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