Pour comprendre la vitalité d'une colonie, il faut plonger dans la biologie de l'abeille. Chaque aliment récolté est transformé en nutriments qui deviennent les matériaux fondamentaux des grandes fonctions organiques.
1. L'Eau : L'Élément Vital aux Multiples Formes
L'eau est le constituant majeur de l'abeille : elle représente 70 % du poids de l'adulte et plus de 80 % de celui de la jeune larve.
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Les trois formes biologiques :
- Liquide : Elle participe au transport des minéraux et des molécules, tout en servant de milieu pour les réactions chimiques comme l'hydrolyse.
- Gazeuse : L'humidité est cruciale ; si l'adulte supporte entre 25 % et 70 % d'humidité, le couvain nécessite un optimum de 90-95 % pour survivre.
- Liée : Elle est intimement soudée à d'autres molécules pour leur conférer des propriétés biologiques spécifiques.
- Des sources ingénieuses : Outre le nectar et l'eau de condensation, l'abeille produit de l'eau "métabolique" par sa respiration. La consommation d'un kilo de miel génère ainsi 0,662 kg d'eau, vitale en sortie d'hiver.
- Gestion des pertes : L'abeille réduit ses pertes naturelles en fermant ses stigmates ou en récupérant l'eau en fin de transit digestif.
2. Les Glucides : Le Carburant et la Structure
Les glucides, ou "sucres", sont essentiels à la survie. Ils proviennent du miel (environ 80 %) et du pollen (10 à 30 %).
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Classification technique :
- Les Oses (Sucres simples) : Glucose, fructose, galactose et mannose.
- Les Osides (Sucres complexes) : Ils incluent les diholosides (saccharose, lactose, maltose), les triholosides (raffinose) et les polyholosides comme l'amidon.
- Les Hétérosides : Sucres associés à des molécules non glucidiques, comme les tannins.
- Fonctions : Ils fournissent l'énergie pour le vol et la chaleur, mais servent aussi de matériaux de construction comme la chitine du squelette externe.
- Toxicité : Certains sucres sont dangereux pour l'abeille au-delà d'une certaine dose, notamment le lactose, le galactose, le raffinose, le mannose ou la pectine.
3. Les Protides : Les Bâtisseurs du Corps
Le pollen est pratiquement l'unique source extérieure de protéines pour la colonie.
- Structure : On distingue les acides aminés, les peptides et les protéines selon la longueur de leur chaîne azotée.
- Les 10 Acides Aminés Indispensables : L'abeille doit impérativement trouver dans son alimentation : arginine, histidine, lysine, tryptophane, phénylalanine, méthionine, thréonine, leucine, isoleucine et valine.
- Rôles : Ils constituent les tissus et les enzymes. Les nourrices en consomment massivement pour produire la gelée. En hiver, elles utilisent les réserves stockées dans leur corps adipeux.
4. Lipides, Minéraux et Vitamines : La Précision Biologique
Même en doses infimes, ces micro-nutriments assurent le bon fonctionnement de la "machine" abeille.
Les Lipides (Graisses)
Trouvés principalement sur la partie externe des grains de pollen, ils servent de réserve énergétique et de composants structurels.
- Lipides simples : Ils incluent les glycérides (énergie), les stérides (hormones) et les cérides qui forment la cire d'abeille.
- Lipides complexes : Comme les phospholipides, constituants essentiels des membranes cellulaires.
- Acides gras vitaux : L'abeille ne peut pas tout synthétiser ; les acides palmitique et oléique sont primordiaux pour le développement de la larve.
Les Minéraux Majeurs
On utilise le terme de "cendres" pour les désigner, car on les obtient après combustion totale d'un échantillon.
- Composition : Le potassium et le phosphore prédominent, suivis du calcium, du magnésium et du sodium.
- Rôles : Ils maintiennent la pression osmotique, assurent la neutralité électrique des cellules et participent au transfert d'énergie (le phosphore est l'élément-clé de la phosphorylation).
- Sensibilité : L'abeille est très sensible aux excès, notamment de potassium.
Les Oligo-éléments et Vitamines
- Oligo-éléments : Des minéraux présents en quantités infimes (cuivre, cobalt, fer, manganèse) indispensables au fonctionnement des enzymes. Un déséquilibre peut être toxique ; par exemple, un excès de cobalt peut réduire les teneurs en fer et en cuivre.
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Vitamines :
- Groupe B (Hydrosolubles) : Ce sont les plus cruciales. La vitamine B6 (pyridoxine) est indispensable : sans elle, les larves n'atteignent pas le stade de l'operculation. On y trouve aussi la B1, B2, B3, la biotine et l'acide folique.
- Liposolubles : Vitamines A, D, E et K. Bien que moins documentées chez l'abeille, elles participent globalement à la santé de l'insecte.
- Source : Le pollen est la source principale de vitamines B, complété chez l'adulte par une microflore intestinale symbiotique.
Note de l'auteur :
Cet article détaille les briques élémentaires de la nutrition. Dans notre prochain article, nous explorerons les besoins physiologiques pour comprendre comment ces nutriments sont utilisés selon que l'abeille est au repos, en production de cire ou en phase de reproduction.
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